L'université de Domina

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 Mort d'un rêve, vent de folie. (nouvelle)

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Serpent
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MessageSujet: Mort d'un rêve, vent de folie. (nouvelle)   Jeu 28 Aoû - 0:11

Voici une nouvelle longue que j'ai finie récemment, je vous la posterai par bouts.^^ C'est glauque mais j'espère que ça vous plaira.



L'agitation enflait, des cris provenant de toute part fendaient une illusion de silence bafouée par les sonneries incessantes des appareils médicaux. Les infirmières étaient au courant de l'urgence de la situation. Allongé sur les draps immaculés de sa chambre d'hôpital, Conan se demandait bien où il pouvait être. Depuis combien de temps était-il là? Et d'ailleurs, où était-il? Le maigre rideau qui opacifiait la large fenêtre filtrait une lumière rougeâtre, le Soleil se couchait sur les montagnes alentours. La seule chose dont il se rappelait, c'est qu'avant tout cela il était sur le point de se lancer dans l'aventure de toute une vie. De toute sa vie. Cela pouvait paraitre dingue, même absurde, il le savait, mais à quoi bon censurer l'espoir qui tiraillait tant son esprit? Il s'était lancé.
"Seuls ceux qui prendront le risque d'aller trop loin découvriront jusqu'où ils peuvent aller" [T. S. Elliot]
Des semaines, des mois, peut-être même des années avaient passé, avant que l'adolescent ne daigne songer à réaliser son rêve le plus fou. Une pensée qui l'avait souvent hanté, sans même qu'il n'ose y croire, une sorte de rêve de gosse. Il savait qu'il devait le faire, cela résonnait en lui comme une évidence, une terrible évidence. Il ne trouvait pas le courage d'y croire, c'était voué à l'échec. Un exploit de ce genre n'arrivait jamais, il allait y laisser sa vie. Conan avait peur de la mort, il la craignait, l'évitait, la fuyait. Comme un épouvantail qui agitait ses nuits jusqu'à sombrer dans la folie. Oui. Il était fou. Une démence infinie qu'il ne savait contrôler, une tare encrée au plus profond de son être, depuis sa naissance, ne cherchant qu'une opportunité pour faire surface et détruire l'immense terrain vague qu'était sa vie. A bientôt 17 ans, il n'avait plus de lycée, renvoyé de 5 écoles différentes pour violences, absences répétées ou autres incivilités, Conan n'avait rien d'un élève modèle. Habitué des commissariats, il s'était juré de ne plus y retourner. Drogues, vol, bagarres, tout ça, c'était désormais fini pour lui. Cependant, sa vie était dépravée par son passé… Il ne savait plus quoi faire, il attendait ce déclic, cet instant qui lui ferait dire "Maintenant tu as vécu tout ce que tu as pu vivre, tu peux être fier de toi". Il attend ce moment qui lui donnera l'illusion d'un bonheur instantané. Et c'est son père qui lui offrirait l'occasion d'enfin donner un sens à son existence. Le Mont-Blanc, 15 jours d'ascension, 4808 mètres d'extase, des rêves pleins les yeux, la tête au plus près des étoiles, Conan se lance sans hésiter dans ce qui sera sans doute le défi de toute une vie, avec son père. Son héros.
"A chaque sommet on est toujours au bord d'un précipice" [Stanislaw Jerzi Lec]
Son père… Où est son père? Il s'agite, s'affole. Pourquoi ne se souvenait-il plus de rien? Dans un dernier instant de lucidité avant de s'enfoncer dans les abysses de la folie, il tire la poignée au dessus de sa tête et enclenche le système d'appel des infirmières. Sa gorge se nouait, l'air se faisait rare désormais, Conan se sentait opprimé. Cette étrange sensation lorsque l'on sait qu'il est arrivé quelque chose de grave, sans toutefois en être sûr… Qu'était-il arrivé? Pourquoi son héros n'était-il pas là, à ses cotés? Sa vue se troublait, des larmes emplissaient ses grands yeux sombres. Dans son regard un océan d'incertitude, l'inquiétude à la fois de voir ses rêves s'effondrer, impuissant face à la magie du destin.
"Le fort fait ses évènements, le faible subit ceux que la destinée lui impose." [Alfred de Vigny]
"Le destin mêle les cartes et nous jouons." [Arthur Schopenhauer]
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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie. (nouvelle)   Jeu 28 Aoû - 13:57

Le destin… "Quelle sombre invention de l'humanité!" pensait-il… Malgré tout, plus le temps passait, plus il y croyait, à ce fichu destin! Une sorte de fatalité qui s'abat sur chacun, sans qu'il n'ait le moindre échappatoire, comme si l'univers tout entier s'abattait sur son crâne, inévitablement. C'est l'infirmière qui le sortit de sa réflexion:

"Que se passe-t'il Monsieur Valero?"

Dans un murmure incompréhensible, Conan tenta de lui expliquer la situation… Mais seules quelques sons coururent le long de sa gorge, à peine audibles. Il transpirait, la démence le prenait, l'emmenait au plus profond des ténèbres. L'adolescent mit un certain temps à retrouver son calme. Il éprouvait toujours des difficultés pour s'exprimer, mais il parvenait tout de même à se faire comprendre.

"Mon père… Expédition… Avec moi… Trouvez le…"

Ce que Conan ignorait, c'est qu'il était dans cette chambre depuis pratiquement 3 semaines. Il avait d'abord sombré dans un coma, avant de reprendre ses esprits, la veille. Il sentait la crispation sur le visage de l'infirmière, au fond de lui, un mauvais pressentiment grandissait. Il la fixa longtemps, sans même qu'elle ne puisse parler. Comment trouver les mots? Comment annoncer cela? Elle savait ce qui s'était passé, et l'adolescent avait de droit d'être au courant. Elle réfléchit, prit le temps de mesurer la force de ses mots, considérant chacun comme une lame, qui à tout moment pourrait perforer le coeur de Conan. Elle lui devait la vérité.


"Je préfère une vérité nuisible à une erreur utile: la vérité guérit le mal qu'elle a pu causer." [Johann Wolfgang von Goethe]


"Le pire mensonge est de se mentir à soi-même" [Marc Levy]


Il la fixait, stupéfait. Elle prit une grande inspiration, puis commença. "Monsieur Valero, j'aimerais que vous m'écoutiez attentivement…" Il prit son visage à deux mains, il avait perçu dans le ton de sa voix la gravité de ce qui allait lui être révélé.

"Tout d'abord, il faut que vous sachiez que votre père vous aimait beaucoup… Il… Il est mort en voulant vous sauver. Lorsqu'il est tombé dans cette crevasse, à plus de 4000 mètres d'altitude, il n'aurait pas dû survivre. Mais vous étiez encordés ensemble, en réalité, vous étiez le seul lien qu'il avait encore avec la vie. Cependant il était lourd, et a failli vous emporter dans sa chute. Il n'avait pas le choix, il ne pouvait pas vous sauver tous les deux, il a décidé de… de couper la corde qui vous reliait. Vous avez été découvert quelques heures après, couché dans la neige. Frigorifié. Si un guide de haute montagne ne vous aurait pas retrouvé, par pur hasard, vous ne seriez pas ici…"

Il l'avait écoutée tout du long, sans avoir la force de dire le moindre mot. Il ne pleurait pas, non. Pas devant elle. Il n'en avait pas envie d'ailleurs. Il s'en voulait juste, il s'en voulait terriblement. Etait-il responsable de la mort de son héros, Alexandre Valero? Pour lui cela ne faisait aucun doute. Sa seule envie, à l'instant présent, était de le rejoindre, de quitter ce fichu monde à jamais. A quoi bon vivre si ce n'est que pour voir les autres mourir? Pourquoi demeurer malheureux alors que l'on peut fuir tout cela? Tant de questions fusaient dans sa tête, il venait parfois à douter de sa propre existence, et de ce qui le rattachait encore au monde des vivants. la réponse était simple, il n'y en avait pas. Les seules personnes qu'il avait s'étaient déjà enfuies bien avant lui, elles avaient à jamais quitté l'ombre et la démence de la vie. Il voulait les rejoindre. Son cri fendit le curieux silence qui régnait sur la pièce. Avait-il fait le bon choix? Il le savait. De toute évidence, rien ne pouvait plus être pire à présent.


"Ce soir coule le sang dans un torrent pluvieux,
Au bord du gouffre mourant à l'aurore de ses adieux,
Les larmes du ciel coulant comme orage dans ses yeux,
De l'enfant brandissant le couteau vers les cieux.
Prologue de la démence, vent de folie s'installe,
Lorsque le tonnerre danse dans les ténèbres astrales,
La vie en perd son sens quand vient l'issue fatale,
L'achèvement de la souffrance, la mort abat son voile.
Le tranchant de la lame, déchirant l'univers,
Résonne comme un drame, perce en unique éclair,
Foudroiement d'une larme qui surgit des paupières,
D'un jeune qui laisse les armes pour s'enfuir de l'enfer,
Au plus profond des flammes, sans regarder derrière?
Il se transperce l'âme, cette larme fut la dernière."
"Suicide: monter au ciel par une corde de pendu" [Jules Renard]


"Accepter de vivre, n'est-ce pas parfois une forme de suicide?" [Eugène Cloutier]
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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie. (nouvelle)   Ven 29 Aoû - 11:36

Nouveau black-out. Que s'était-il passé? Où était Conan? A quoi servaient tous ces appareils autour de lui? Il tenta de se redresser mais reste cloué contre le maigre matelas sur lequel il avait sans doute du dormir plusieurs nuits. Une douleur le fit gémir, au niveau de la poitrine. Que lui était-il arrivé? Il ne se souvenait de rien. Il regarda autour de lui, les murs étaient d'un blanc immaculé, de massifs appareils trônaient fièrement de part et d'autre de son lit. Il aperçut un plateau repas, posé sur la table de chevet non loin de lui. Il essaya de l'attraper mais rien n'y faisait, son bras ne bougeait pas. Il risqua un regard en direction de ses poignets. L'adolescent était attaché, au niveau des avant-bras et des chevilles. Sans doute avait-il eu un comportement agressif, il ne savait pas. Quand il y pensait, il ne voyait que l'image d'Alexandre Valero, gisant au fond de la crevasse. Il ne se rappelait de rien d'autre. Une chose était sûre, il allait mal, autant sur le plan physique que psychologique. Etait-il possible qu'il se soit infligé tout ça lui même? Il n'osait pas y penser, pourtant l'évidence était indéniable. Conan avait tenté de mettre fin à ses jours. Le destin l'en avait empêché.


Le destin, encore lui, pourquoi l'avait-il contraint à vivre? Le scalpel n'avait transpercé que son sternum et entaillé le poumon droit. Hélas, ou fort heureusement, les chirurgiens avaient pu intervenir à temps. Une incertitude planait tout de même. Conan aurait-il des séquelles quelconques de cette opération? Il était pour l'instant obligé de respirer avec l'aide d'un masque, mais il ne supporterait pas cela très longtemps. Adolescent virulent, il avait besoin de bouger, de se dépenser, et n'arrivait pas à rester cloitré dans la monotonie d'une chambre d'hôpital. Combien de fois avait-il pété les plombs à cause de cela? Il n'en pouvait déjà plus, la simple idée de se retrouver enchaîné le détruisait de l'intérieur. Ses poignets le brûlaient à force de se débattre, depuis combien de temps était-il là? Une heure, Une journée, une semaine peut-être? La question à se poser était plutôt: Combien de temps pourrait-il encore rester là? Enfermé en enfer, comme un sportif blessé, un poète que l'on censure, ou bien une colombe mise en cage.
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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie. (nouvelle)   Lun 1 Sep - 0:25

De longues heures passèrent, Conan n'ayant comme seul compagnon de route que le petit écran de télévision installé à se demande dans sa chambre. Il ne regardait que des dessins animés, une sorte de retour en enfance. Quelque chose qui lui rappelait que son père était peut-être là, encore avec lui. En lui. Qu'il n'avais réellement jamais quitté ce monde, que Conan n'était pas seul. Orphelin de ses souvenirs. Il avait perdu sa mère, 10 ans auparavant, il n'osait même pas penser aux circonstances de sa mort, mais tout était encore là, dans sa mémoire, tout était clair… Il pensait, il pensait beaucoup trop. Il semblait mal à l'aise, ses jambes tremblaient de plus en plus vite, son souffle se coupait peu à peu. Son coeur battait à tout rompre… et soudain, un regard vide. Dans un soupir, son buste retomba brutalement sur le matelas, dans un lourd fracas sonore. Il n'était peut-être plus qu'un squelette, son poids n'était pas négligeable. Les battements se stoppèrent, comme si son coeur ne marcherait plus jamais. Entre la vie et la mort il n'y a qu'un pas…


Souvenir. Il était là, dans sa maison en banlieue Lyonnaise. Une vieille bâtisse qu'Alexandre s'était toujours promis de rénover, mais faute de moyens, il lui avait été impossible d'en refaire la moindre pièce. Cependant Conan l'adorait, cette maison, avec toutes ses cachettes et ses passages secrets. Un aventurier dans l'âme, comme son papa. Quand il était fatigué, il s'asseyait en tailleur sur le tapis pour regarder la télévision. Pourquoi sur le tapis? Il adorait être près de l'écran, "pour mieux voir" disait-il. Ce sont les dessins-animés, les films Disney et autres programmes pour enfants qui ont véritablement rythmé l'enfance de Conan. En vérité, ils ont plutôt servi à calmer son tempérament, parfois dur à gérer pour Mary sa mère, femme au foyer. Ce matin là elle était à bout, et elle devait encore emmener son fils à l'école. Une petite école primaire de quartier, située à une dizaine de minutes de leur domicile. Ils étaient en retard, le stress montait, le téléphone sonnait sans que personne n'ait la réelle volonté de décrocher. Elle installait Conan dans le monospace, prenant soin d'attacher sa ceinture. En hâte elle monta dans la voiture, mit la clé de contact et démarra aussitôt. Elle avala les 3km qui séparaient la maison de l'école en un temps record, elle était à un virage de l'établissement. Elle ne faisait plus attention à sa vitesse, elle accélérait constamment. Au moment de tourner, il était trop tard. La voiture fonçait droit dans un mur de briques. Le choc fut d'une violence inouïe, le véhicule se perdait déjà dans un nuage de fumée quand Conan reprit ses esprits. Il sortit de l'habitacle et s'effondra sur le sol… Il n'avait pas remarqué les entailles dans sa cuisse et sa poitrine. Son âme semblait s'enfuir de son corps dans la moiteur rougeâtre du sang. Une rivière de larmes fendait son visage, était-ce la tristesse de se voir mourir, ou bien de voir mourir un proche?
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MessageSujet: Re: Mort d'un rêve, vent de folie. (nouvelle)   Mer 3 Sep - 19:36

Encore ce sordide lit d'hôpital, encore cette chambre qui paraissait de plus en plus confinée. La seule chose qui différait de la dernière fois où il avait été conscient, c'est les électrodes fixées à sa poitrine. Conan s'inquiétait de plus en plus, il se sentait faible physiquement. Peut-être l'était-il aussi mentalement? Il avait tout de même tenté de mettre fin à ses jours, à seulement 17 ans… Cette vie n'était pas pour lui, il avait besoin d'être libre, de faire du sport, d'être au grand air. Une seule chose lui passait par la tête à cet instant. Et s'il ne pouvait plus jamais faire de sport? Et s'il était obligé de finir sa vie cloitré dans une pièce morose et infiniment petite? En réalité il n'osait pas y penser, il allait pouvoir courir à nouveau, et finir ce qu'il avait commencé. En l'honneur de son père, pour sa fierté, et surtout pour lui. Il allait le faire, qu'on le lui proscrive ou non. Conan était un guerrier, qui n'attendrait désormais plus que le destin décide pour lui. Satané destin! Il allait se battre pour sa vie au risque de mourir, ou bien ne se battrait-il pas pour la mort? La seule évidence était qu'il s'en irait fier, en héros comme son père l'avait été pour lui. Ce serait l'arrêt de toutes ses souffrances, il allait être libéré de tout ça, mais il lui restait une dernière tâche. L'avènement de toute une vie. Canan vivait au rythme de son sommeil, il avait parfois l'impression d'hiberner des semaines entières, de se réveiller des mois après… Le monde qui l'entourait était en train de changer considérablement. Il ne lui restait rien, seulement ses souvenirs qui restaient continuellement en travers de son esprit, sans doute ce dernier lui interdisait-il de revivre toutes les atrocités que le jeune homme avait pu endurer lors du supplice qu'avait pu être sa vie. Malgré toute la concentration dont il pouvait faire preuve, il ne parvenait qu'à ressasser que d'infimes bribes d'images qui avaient pourtant terriblement marqué son existence. Souvenir. Il faisait froid, l'air était terriblement humide et glaçait la gorge de Conan en s'y engouffrant. L'adolescent et son père étaient emmitouflés dans d'épais manteaux étanches, spécifiques à la pratique de l'alpinisme. Un bonnet ornait ses longs cheveux blonds, laissant tout de même dépasser quelques mèches ondulées ou s'accumulaient des amas de givre. De puissantes bourrasques de vent leur fouettaient le visage, emportant avec elles de fines particules de neige qui formaient un écran infiniment blanc devant les deux hommes. Bientôt ils ne verraient plus rien et devraient trouver un refuge pour se reposer jusqu'à la prochaine accalmie. A chaque pas, l'oxygène se raréfiait encore un petit peu plus, chaque inspiration devenait capitale. L'air pénétrait dans leur trachée dans un sifflement abominable, qui accompagnait leurs esprits et rythmait leur ascension. La fatigue s'accumulait, encore et encore, les jambes se faisaient de plus en plus lourdes, menaçant, à chaque enjambée, de céder sous le poids de l'épuisement. La douleur engourdissait ses muscles, parcourait tout son corps, ébranlait tout son être au point de le douter quant à la suite des évènements. Et s'ils ne parvenaient jamais au sommet du Géant Alpin? Et s'il était destiné à mourir, enseveli sous plusieurs mètres de neige, dans un cercueil glacial? C'étaient là les seules parcelles de souvenir que Conan parvenait à capter dans l'infini océan obscur qu'était sa mémoire. Il voyait ces images tourner en boucle dans sa tête, elles étaient ses seules réminiscences, elles hantaient ses pensées nuits et jours. Il entendait encore la voix rauque et grave de son père, cette voix le rassurait, il lui parlait, parfois, espérant une réponse, sans jamais qu'elle n'arrive. Que lui arrivait-il? Devenait-il fou? Il ne savait qu'une chose, les illusions le torturaient et cette espace confiné en était pour beaucoup. Il devait absolument s'en aller, il ne pouvait en être autrement en réalité. La réalité, cette seule idée paraissait dès lors tellement vague à ses yeux, il devenait de plus en plus difficile de faire la différence entre hallucinations et faits réels. Une terrible lutte contre son esprit commençait alors, plus les questions fusaient dans sa tête, moins il ne trouvait de réponses. Mais y en avait-il réellement? Où alors ne serait-ce qu'une gigantesque illusion? Un jour, Conan sortirait de cet hôpital, c'en était une certitude, quels qu'en soient les moyens. En vérité, il ne se voyait pas périr dans le panorama blanchâtre et morose d'une chambre médicale. Les seules rayons de Soleil qu'il percevaient étaient filtrés par les rideaux blancs qui marquaient encore plus la frontière entre la liberté et l'enfermement. Il ne captait que rarement ne serait-ce qu'une onde de ciel bleu, et la nature qu'il entrevoyait dans ces hallucinations paraissait terriblement étrangère à son esprit. Plus le temps passait, plus les infimes fragments de souvenirs qui lui restaient devenaient insignifiants. Il ne savait plus à quoi ressemblait le monde, la ville de Lyon et ses rues pavées qu'il arpentait chaque jour. Tout cela lui paraissait si lointain qu'il n'en imaginait même pas l'existence. Comment est-il possible d'imaginer le monde sans même se souvenir de l'avoir contemplé au moins une fois? Bientôt, il aurait la réponse à ses questions. Il s'engouffrera dans la spirale infernale de l'univers de la vie afin d'enfin percer tous les secrets de son existence, il irait au bout de ses rêves, au bout du monde, au bout de son funeste destin
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